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Suis-je ce que je fais et ce que je consomme?



Quelle relation existe-t-il entre la biopolitique, le marché et le souci de soi?


Qui sommes-nous pour nous ?

Qui sommes-nous pour les autres ?


Vivant en société, la collectivité nous situe, nous définit et, en conséquence, nous « traite » selon ce que nous lui transmettons.

Ou plutôt, on pourrait dire, selon ce que nous avons à lui montrer : l’apparence étant un élément fondamental du jugement de l’autre.


Dans nos processus de socialisation, il s’agit d’une question importante car de l’apparence, ou de ce que nous transmettons à l’autre « de qui nous sommes », dépendra notre degré d’inclusion dans la société.


Reste à se poser la question de si ce que nous montrons, de si la création de « notre moi-social » est en accord avec notre être profond.


C’est à ce questionnement que nous réfléchirons durant ce second atelier.


Cette réflexion nous permettra de comprendre le rôle joué par les apparatus de gouvernance dans la construction de notre « moi-social » et de la distance que celui-ci peut avoir avec le Soi. En effet, Foucault (1984 : 129) nous dit, en faisant référence à la pensée stoïcienne, que « du point de vue du rapport à soi, les identifications sociales et politiques ne fonctionnent pas comme les marques authentiques d’un mode d’être ; ce sont des signes extrinsèques, artificiels et non fondés ».


Si nous nous arrêtons à penser à ce qui régit notre identité sociale, une des directions vers laquelle regarder est, évidemment, celle de la consommation.

C’est vers celle-ci, vers la société de consommation et sa culture, que se tournera cet atelier.

Notre relation à la consommation.

Ce que l’on consomme compris comme formateur d’identité.

Comme déterminant de notre position comme citoyen.ne et sa reconnaissance.

Bauman (2016 (2007)) en parle en ces termes.

C’est fort, ça pourrait même choquer, de lier la citoyenneté au pouvoir de consommation…mais je pense qu’il n’a pas tort.

C’est là qu’on retrouve la consommation comme apparatus de gouvernance ; la conduction des corps, la biopolitique, au travers de la consommation.


Ce questionnement, il ne va pas sans dire, trouve en grande partie son point de départ dans le fait qu’aujourd’hui, comme l’indique Zygmunt Bauman (2016 (2007 ) : 93) et il n’est pas le seul : « le vrai détenteur de pouvoir souverain dans la société de consommation est le marché de biens et services ». Et el pouvoir souverain a le pouvoir d’exclure.

Ceci amène à ce que les apparatus de gouvernance soient guidés par la loi du marché. Il ne faut pas oublier que la valeur d’un pays se calcule par son PIB.


Les individus au travers de ces apparatus seront guidés, comme l’indique Bauman (2016 (2007) : 96), « à devenir eux-mêmes des produits ou qu’ils puissent le devenir sans trop d’efforts ni dépenses d’investissements en eux ». Ainsi, comme l’indique le même auteur quelques pages en amonts, « [d]és lors, consommer signifie investir en sa propre appartenance à la société ; ce qui dans une société de consommateurs se traduit comme être « vendable », acquérir les qualités que le marché demande ou convertir celles que l’on a déjà en produit de la future demande » (Bauman, 2016 (2007) : 82).


Durant cet atelier, nous aborderons cette question par deux chemins : la relation entre consommation et conduite sociale d’une part et, d’autre part, la relation à l’emploi comme « esclave » des modes de consommation mais aussi comme déterminant d’identité sociale.


En ce qui concerne notre propre relation à la consommation et ce qu’elle représente pour nous, nous réfléchirons à ce qui est nôtre dans nos patrons de consommation, profondément nôtre.

Nous penserons au temps qu’occupe l’acte de consommer dans notre pensée ; temps qui pourrait être à nous, « à soi ».

Nous essaierons de comprendre comment, finalement, il pourrait représenter une tâche en plus à réaliser pour nous empêcher d’une certaine manière d’être avec nous, « avec soi ».

L’acte de consommation, étant donné la manière dont il est conçu dans notre société, invite à renouveler de manière assez (voir très) régulière les objets et services que nous avons ou employons.

Si nous nous souvenons, comme nous l’indiquait Mona Chollet (2017), de la force, du pouvoir, des objets qui nous accompagnent depuis un certain temps quand il s’agit d’habiter, de faire mémoire… ;

Où cela nous laisse-t-il ?


Cela nous amènerait-il à ce que Bauman (2016 (2007) : 29) affirme par : « ce qui en principe est la matérialisation de la vérité intérieure du moi, n’est autre qu’une idéalisation des empruntes matérielles – objectifiées – de ses choix au moment de consommer » ?

Suis-je ce que je consomme ?


En ce qui concerne la place de l’activité professionnelle réalisée dans ce contexte de consommation, celle-ci a également tendance à nous définir socialement.

De plus, l’activité professionnelle est considérée comme étant une pièce fondamentale de la définition de notre être dans cette société.

Ceci, bien souvent, non pas pour amener un développement personnel « satisfaisant » réel (car nous ne nierons pas que ce dernier est un argument bien présent dans les discours officiels de gouvernance) mais pour alimenter la machine du marché.

Produire pour vendre.

Travailler pour pouvoir acheter.

Avoir une belle position pour « en jeter ».

En effet, dans la logique développée jusqu’ici, est-ce que l’emploi que l’on occupe ne serait pas un indicateur du pouvoir d’achat que l’on a ?

Dans tel cas, il enseigne par lui-même la « valeur produit » que nous pouvons acquérir.

Suis-je ce que je fais ?


C’est à propos de tout cela que nous réfléchirons durant l'atelier qui aborde ce thème.

Il sera question de comprendre comment le marché se voit « traduit » dans les apparatus de gouvernance, dans la construction biopolitique, ou est-ce l’inverse ?

Nous penserons également à comment la norme sociale s’est installée au travers des objets faisant le jeu de l’abondance d’options reflétant une liberté qui est loin d’en être une comme le dirait Han (2016) mais aussi Bauman (2016 (2007)) et ils ne sont pas les seuls.

En définitive, nous réfléchirons où tout ça nous laisse, nous individus, personnes déplacées, parfois – souvent- à notre insu, de ce qui est profondément nôtre et juste pour nous.


Ressources utilisées:

Bauman, Z. (2016 (2007)). Vida de consumo. Fondo de cultura económica.

Chollet, M. (2016). Chez soi. la Découverte.

Foucault, M. (1984). Histoire de la sexualité, tome III: Le souci de soi. Éditions Gallimard.

Han, BC. (2016) Psychopolitique: le néolibéralisme et les nouvelles techniques de pouvoir. Éditions Circé.

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